Jean LE MEZEC

Jean Le Mézec

Une grande figure trégoroise s’est éteinte mardi soir à Perros Guirec.

Jean Le Mézec, né costarmoricain, à la frontière entre le pays gallo et le pays breton, comme il aimait à le rappeler, est le témoin typique de l’ascenseur social animé par les hussards noirs de la République. Brillant élève en primaire, il fut poussé vers le secondaire, où ses excellents résultats le conduisirent à Rennes pour préparer les grandes écoles. C’est à Polytechnique, qu’il intègre en 1951, qu’il se familiarise avec l’électromagnétisme qui sera sa passion au cours de sa longue carrière. Après l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications, il choisit la carrière de chercheur au sein du Centre National d’Etudes des Télécommunications (C.N.E.T.) où il débute à Neuilly puis Issy les Moulineaux sur les tubes à ondes progressives et les hyperfréquences. La découverte du laser en 1961 est pour lui une révélation et il n’aura de cesse de faire de cet outil la base des systèmes de transmission du futur. Il anime avec Janine Henaff, des équipes de recherche appliquée et c’est dans son laboratoire que sont fabriqués des lasers rouges ou verts que l’équipe module pour réaliser les premiers systèmes de télécommunications optiques dès 1966. Il participe alors à la création du C.N.E.T. à Lannion en 1967 en formant les chercheurs comme Michel Aunis et Michel Tréheux qui quelques années plus tard développeront les systèmes à fibres optiques.

En 1970, il revient dans le Trégor et est nommé pour créer et diriger l’I.U.T. de Lannion. De ce fait il met un pied dans l’Université et établira des contacts étroits avec les chercheurs de l’Université de Rennes I.

En 1974, sa carrière prend un tour nouveau. Le chercheur qu’il a toujours été, se penche sur l’organisation de la Recherche dans les Télécommunications et il devient l’adjoint du Directeur Scientifique du C.N.E.T. Dans ce cadre il aide, par l’apport de nouveaux emplois, de nombreux développements embryonnaires dans le domaine optique, bien sûr, mais aussi en transmission numérique, en intelligence artificielle ou en synthèse et reconnaissance de la parole. Il œuvre durant ces années au rapprochement entre le C.N.E.T. et l’Université.

En 1981, il représente le C.N.E.T. aux Assises de la Recherche créées par Jean Pierre Chevènement. Il anime des ateliers sur la diffusion de la Culture Scientifique et Technique, ce qui lui donnera l’idée de créer en 1982  l’ABRET[1] à Lannion,  premier Centre de Diffusion de la Culture Scientifique Technique et Industrielle (CCSTI) en Bretagne.

Dans la foulée, pour développer l’animation de la Région, il met en place l’APAST[2] pour organiser des conférences et des écoles d’été. Il organise également un cycle de conférences sur la mesure en Télécommunications en liaison avec l’URSI[3] dont il est un membre éminent.

En 1986, il prend la direction du Centre Lannion B du C.N.E.T. où il anime les équipes dédiées aux transmissions numériques, hertziennes et optiques. C’est sous sa direction que le projet monomode jette les bases de ce que sont les transmissions par fibres optiques actuelles. C’est aussi dans ses laboratoires que l’on verra en 1984 le premier écran plat appelé à devenir pendant plus de 30 ans la technologie dominante des terminaux multimédias.

En 1991, il part pour les USA, où il sera, à New York, la tête chercheuse du C.N.E.T. C’est dans ce cadre qu’il informe la Direction de la Stratégie de France Télécom sur l’apparition d’un phénomène bizarre qui se développe là-bas qui bientôt s’appellera Internet. Cela conduira cette Direction à créer le projet Médiatel qui deviendra Wanadoo en 1994.

Le temps de la retraite a sonné, mais ce sera une retraite active pour Jean. Il continuera à soutenir les deux associations qu’il avait créées et même à en reprendre la présidence lors du décès de Jacques Papet Lépine.

Il laisse de lui l’image d’un chercheur passionné par l’innovation, sachant détecter, soutenir et partager les bonnes idées, mais nous garderons avant tout le souvenir d’un collègue plein d’humanité, toujours disponible pour échanger, bon vivant et aimant partager  son enthousiasme pour la recherche avec ses collaborateurs et ses amis.

[1] Association Bretonne pour la Recherche Et la Technologie

[2] Association Pour l’Animation Scientifique du Trégor

[3] Union Radioscientifique Internationale

 

 

Publicités